Seuil de décence énergétique en location : à partir de quel DPE un logement devient-il interdit à la location
Rédigé par : L'équipe Optireno

La lutte contre les passoires thermiques transforme progressivement le marché immobilier locatif français. Depuis 2023, les logements classés G avec une consommation énergétique supérieure à 450 kWh/m²/an sont interdits à la location. Cette interdiction s’étendra aux autres logements classés G en 2025, puis aux logements classés F en 2028 et E en 2034. Comprendre ces échéances et leurs implications devient essentiel pour les propriétaires bailleurs comme pour les locataires.
La loi Climat et Résilience a instauré un calendrier progressif d’interdiction de location pour les logements les plus énergivores. Cette réforme vise à améliorer la qualité du parc locatif et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Le dispositif anti-passoires thermiques se déploie selon un calendrier précis qui laisse aux propriétaires le temps de réaliser les travaux nécessaires. Chaque étape concerne une catégorie de logements identifiée par le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE).
| Date d’application | Classe DPE concernée | Critère énergétique | Logements estimés |
| Janvier 2023 | G+ | > 450 kWh/m²/an | Environ 90 000 |
| Janvier 2025 | G | 420-450 kWh/m²/an | Environ 420 000 |
| Janvier 2028 | F | 330-420 kWh/m²/an | Environ 1,2 million |
| Janvier 2034 | E | 250-330 kWh/m²/an | Environ 2,6 millions |
Ces interdictions concernent uniquement les nouvelles mises en location ou les renouvellements de bail. Un locataire déjà en place peut continuer à occuper son logement, même après l’entrée en vigueur de l’interdiction correspondant à la classe énergétique de son bien.
Au-delà de l’interdiction de location, la notion de décence énergétique s’est imposée comme un nouveau standard obligatoire. Un logement est considéré comme indécent si sa consommation énergétique dépasse les seuils fixés par la réglementation.

Cette notion de décence s’ajoute aux autres critères déjà existants concernant la surface minimale, l’absence de risques pour la santé ou la sécurité, et les équipements conformes. Le non-respect de ce critère permet au locataire d’exiger des travaux ou de saisir la justice.
Le Diagnostic de Performance Énergétique constitue l’outil de référence pour évaluer la performance énergétique d’un bien immobilier. Depuis juillet 2021, une nouvelle méthode de calcul plus fiable et plus complète a été mise en place.
Le DPE réformé combine deux indicateurs : la consommation d’énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre. La classe finale retenue est la plus défavorable des deux notes obtenues, ce qui pénalise notamment les logements chauffés au fioul ou au gaz.
Le DPE doit obligatoirement être réalisé par un diagnostiqueur certifié et sa durée de validité est de dix ans. Toutefois, les DPE réalisés entre janvier 2018 et juin 2021 selon l’ancienne méthode ont une validité réduite et devront être refaits progressivement.
Le diagnostiqueur examine plusieurs aspects du logement pour établir sa classification énergétique. Cette analyse détaillée permet d’identifier les sources de déperdition énergétique et de proposer des recommandations de travaux adaptées.
Face à ces nouvelles exigences, les propriétaires de logements locatifs doivent respecter plusieurs obligations légales qui s’échelonnent dans le temps et concernent tant l’information des locataires que la réalisation de travaux.
Depuis 2022, toute annonce immobilière pour une location doit mentionner la classe énergétique du logement ainsi que son estimation de consommation énergétique annuelle. Cette transparence permet aux candidats locataires d’anticiper leurs futures dépenses énergétiques.
Le DPE doit également être annexé au contrat de location et remis au locataire lors de la signature du bail. L’absence de DPE ou la communication d’informations erronées peut engager la responsabilité du propriétaire.
Depuis août 2022, une mesure complémentaire frappe les logements classés F et G. Les propriétaires ne peuvent plus augmenter le loyer lors d’un renouvellement de bail ou d’une remise en location, sauf s’ils réalisent des travaux permettant d’atteindre au minimum la classe E.
Cette interdiction d’augmentation de loyer constitue un levier puissant pour inciter les propriétaires à rénover leur bien, en combinant contrainte réglementaire et incitation économique.
Cette mesure s’applique même dans les zones tendues où les loyers sont généralement plafonnés, ajoutant une contrainte supplémentaire pour les propriétaires de passoires énergétiques.
Pour échapper aux interdictions de location, les propriétaires doivent entreprendre des rénovations énergétiques. L’identification des travaux prioritaires et leur planification constituent des étapes déterminantes pour optimiser l’investissement.
Tous les travaux de rénovation n’ont pas le même impact sur la classification énergétique du logement. Certaines interventions génèrent des gains considérables tandis que d’autres apportent des améliorations marginales.
Le choix des travaux doit s’appuyer sur les recommandations du DPE, qui hiérarchise les interventions selon leur efficacité. Une rénovation globale, bien que plus coûteuse initialement, s’avère souvent plus rentable qu’une succession de petits travaux.
Pour accompagner les propriétaires dans leurs investissements, plusieurs dispositifs d’aide ont été mis en place par l’État et les collectivités territoriales. Ces aides peuvent considérablement réduire le reste à charge des travaux de rénovation énergétique.
MaPrimeRénov’ constitue l’aide principale, accessible aux propriétaires bailleurs sous conditions de ressources et d’engagement de location. Son montant varie selon les revenus du ménage et la nature des travaux réalisés. Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), l’éco-prêt à taux zéro, ou encore les aides locales complètent ce dispositif.
Les locataires occupant un logement qui ne respecte pas les critères de décence énergétique disposent de plusieurs moyens d’action pour faire valoir leurs droits et contraindre le propriétaire à réaliser les travaux nécessaires.
La première démarche consiste à adresser une demande écrite au propriétaire, par lettre recommandée avec accusé de réception, en précisant les non-conformités constatées et en sollicitant la réalisation des travaux. Si le propriétaire refuse ou reste silencieux, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation.
En l’absence de résolution amiable, le locataire peut engager une action en justice devant le tribunal judiciaire. Celui-ci peut ordonner la réalisation des travaux, réduire le loyer, voire prononcer la suspension du paiement du loyer jusqu’à la mise en conformité du logement. Dans les situations les plus graves, le tribunal peut également condamner le propriétaire à des dommages et intérêts.
Le droit à un logement décent constitue un principe fondamental qui s’impose à tous les propriétaires bailleurs, sans exception possible même en cas de loyer modéré ou de bail ancien.
La réglementation sur la performance énergétique des logements continue d’évoluer pour répondre aux objectifs climatiques nationaux. Le calendrier actuel pourrait connaître des ajustements en fonction des résultats obtenus et des difficultés rencontrées sur le terrain.
Des discussions sont en cours concernant les modalités d’application dans certains territoires spécifiques, notamment les zones de montagne ou les départements d’outre-mer où les contraintes climatiques et techniques diffèrent. Des adaptations pourraient également intervenir pour certains types de biens particuliers comme les petites surfaces ou les logements anciens présentant un intérêt patrimonial.
L’évolution des techniques de rénovation, l’amélioration de l’accessibilité financière des travaux et le développement de nouvelles solutions énergétiques influenceront nécessairement l’application future de ces règles. Les propriétaires et locataires doivent donc rester attentifs aux évolutions législatives et réglementaires qui pourraient modifier les échéances ou les critères actuellement en vigueur.
Face à l’interdiction progressive de location des passoires thermiques, l’anticipation devient la clé d’une gestion patrimoniale réussie. Les propriétaires bailleurs ont tout intérêt à planifier dès maintenant leurs investissements en rénovation énergétique pour éviter l’obsolescence de leur bien et maintenir sa rentabilité locative. Le calendrier des interdictions offre encore des délais pour agir, mais la mobilisation des professionnels qualifiés et l’accès aux aides financières rendent impérative une action rapide. Cette transformation du parc locatif, bien qu’exigeante, contribue à l’amélioration du confort des locataires et à la lutte contre le réchauffement climatique, tout en préservant la valeur patrimoniale des biens immobiliers.